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Demain ce sera la fête des Rameaux. Malheureusement, nous ne la fêtons pas... Pas vraiment.

Et pourtant la cathédrale à côte de laquelle nous habitons nous rappelle à grandes envolées de cloches qu'il se passe quelque chose. Ce vacarme magnifique, sacré et populaire me rappelle qu'autrefois on réveillait le printemps dans les vergers à coups de tambourins, de cris, de chants et de brandons: torches enflammées que l'on passait sous les branches des arbres fruitiers pour faire éclore symboliquement les bourgeons. Premier Tohu-bohu du printemps avant l'autre: le carnaval.

Après les fêtes de la lumière pendant l'hiver, le printemps célèbre la renaissance de la vie: Printemps coloré, exubérant et bruyant comme les oiseaux qui nous réveillent à nouveau le matin.

 Partout d'antiques fêtes païennes agraires de fertilité-fécondité avaient lieu autour de l'équinoxe de printemps. 

A Athènes, "les  enfants conduisaient une procession jusqu'au temple d'Apollon pour y déposer un rameau d'olivier auquel était suspendu des pains, des gâteaux ronds, des figues et des godets de miel, d'huile et de vin".  (source)  Dans le Sud de la France ces processions se sont mêlés aux Rameaux chrétiens. Comme ici où est raconté un joli souvenir d'enfance.

 A Rome  avait lieu une semaine de jeux sacrés en l'honneur de la déesse Flore, déesse du printemps et des fleurs: Les Floralia . D'ailleurs ce nom désigne toujours la fête des rameaux chrétien en Moldavie! C'est le retour du printemps que l'on brandissait dans ces rameaux, ce sont les voeux de récoltes abondantes pour l'été à venir , le soleil et le ciel que l'on invoquait à travers ces feuillages toujours verts.

Lundi mes amies m'offriront sans doute des rameaux de buis. Par taquinerie... mais aussi parcequ'elles savent que j'y mets moi aussi du sens. Certaines, qui iront pourtant à la messe Dimanche, ne rejette en rien la part païenne et européenne de ces fêtes. Certaines en font même une condition à ce qui n'aurait été sans cela qu'une religion orientale moins digeste pour elles. Les rattacher à la terre et aux saisons est une merveille supplémentaire, peut-être parcequ'elles sont des femmes, donneuses de vie et si attentives aux changements de la nature.

Je mettrai ce rameau derrière le pare-soleil de ma voiture. Comme le faisait mon grand-père chéri: "Monsieur Aimé"... Et qu'ainsi je penserai encore d'avantage à lui. J'ai également le souvenir de mon arrière grand-mère qui habitait une petite maison de briques dans les Flandres, terres de ma mère. Je courais entre des plates bandes de buis et respirait les bouffées acres de cette odeur particulière. Dans la pièce à vivre, trônait une tête de Christ en plâtre d'une taille assez colossale, couronnné d'un fil de fer épineux. Elle aussi reverdissait chaque année de buis foncé brillant lui donnant  ainsi un air sauvage de feuillu des bois... Dans ma famille maternelle, la foi chrétienne ne s'exprimait pas en textes ou  liturgies. Elle n'était que superstition: buis accroché comme porte-bonheur, amulettes de médailles saintes, grands saints invoqués pour retrouver ses gants, ses lunettes... Une famille terrienne de paysans et d'éleveurs de chevaux qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui, et à qui je reste fidèle, ce dimanche plus que jamais.

Les Rameaux... ce curieux mélange de foi catholique française, de fête de fertilité primitive, de doux souvenirs d'enfance, et d'une volonté tournée vers l'avenir de réinvestir cette fête, pour moi et ma famille... Alors, je leur lirai ce texte et nous irons nous promener dans nos cathédrales de verdure... en attendant un jour de faire mieux. Il faudra alors plus que ma famille, il me faudra ma communauté.

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 Les écoles laïques Steiner Waldorf s'inspirent de la Hollande pour fêter les Rameaux: batons recouverts de papier crépons, recouverts de confiseries, de brioches.. et ansi équipés, déambulent dans les prés. Ce qui me rappelle ces nuits des "Brandons": dans certaines régions les rameaux étaient incendiés et l'on passait dans les vergers. Ces "brandons" en feux, symbolisaient le soleil, source de chaleur et de fécondité. Témoignage rare de 1901 sur ces cultes  très païens tardifs ici.

Aujourd'hui il ne resteplus que l'épilogue de cette nuit: le brasier des brandons, où l'on brûle parfois une croix, parfois le bonhomme hiver. ... ici ou